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NUMISMATIQUE GAULOISE
    UN POINÇON MONETAIRE GAULOIS POUR STATERES UNIFACES BELGES
Bulletin de la Société Française de Numismatique 52e année n° 9 Novembre 1997
par Jean FOURNIER

 

    Il s'agit d'un fragment de cylindre plat en bronze qui représente environ 55% de l'objet entier. Une patine fine vert sombre le recouvre intégralement; poids: 9,14 g.; épaisseur; 8 mm; diamètre: moyen: 18,8 mm. La face active, concave (rayon de sphéricité: environ 40 mm), comporte un ornement en relief semblable à la moitié droite de celui figurant au revers des statères unifaces belges au type très courant du "cheval désarticulé" (1).

    C'est la fracture qui a tout d'abord retenu notre attention. L'objet entier constituait un solide compact qui, pour être rompu, aurait dû être soit frappé de violents coups de marteau, soit sectionné à l'aide d'un burin. Dans les deux cas, des impacts devraient pouvoir être observés, or rien de tel ici. La rupture est donc due à une autre cause qu'il convient de rechercher par un examen plus approfondi.

    Nous avons tout d'abord constaté que la base, au lieu d'être plane, était très légèrement bombée et présentait près du centre une petite plage d'écrouissage, lisse, brillante, douce au toucher. Cette zone correspondait très certainement à l'endroit d'application et de transmission des chocs donnés, lors de l'utilisation, par l'intermédiaire d'un mandrin dans lequel l'objet était enchâssé. Il s'agissait en fait du seul point de contact entre l'outil et le porte-outil, au fond de l'alvéole dans laquelle il était serti.

    Ainsi, la zone périphérique distale se trouvait en porte-à-faux lors de l'emploi de l'ensemble et les conditions de la rupture se trouvaient réunies. Une autre amorce de cassure est d'ailleurs bien visible (voir photos): elle part du croissant situé sous le cheval pour gagner la face éclatée. Cette fente atteint presque la base et l'instrument aurait tout aussi bien pu se rompre suivant cette autre ligne de fracture. La rupture est donc en fait la conséquence d'un défaut de fabrication.

    Cet objet permettait donc de transmettre une empreinte négative identique à celle que devait présenter un coin pour statères unifaces belges; c'est donc, selon toute vraisemblance, un poinçon monétaire. Il nous a été parfois suggéré qu'il pourrait s'agir d'un essai mais les traces caractéristiques d'emploi annihilent cette hypothèse. Nous pensons que l'empreinte insculpée ne constituait en quelque sorte qu'un canevas et qu'elle devait être ensuite parachevée et avivée, d'où l'existence probable de coins très voisins mais jamais identiques. Rien d'étonnant donc à ce que nous n'ayons découvert, parmi les très nombreuses monnaies examinées, aucune présentant un revers correspondant exactement à ce poinçon. Mais nous en avons inventorié un certain nombre qui lui sont très proche (2). L'homogénéité pondérale de ces exemplaires (6,25 à 6,36 g.) nous a beaucoup étonné. En raison de leur poids, ces statères devraient appartenir à la classe I, la plus lourde, alors que, typologiquement, ils seraient plutôt rattachables à la classe II (3).

    Quant à l'élaboration d'un tel objet, on conçoit mal la sculpture en ronde-bosse de l'ornementation et il est à peu près certain qu'il a lui-même été empreint à l'aide d'une matrice convexe gravée en creux, un coin pouvant éventuellement en faire office. A remarquer qu'il pouvait ainsi être fabriqué plusieurs poinçons à l'aide de la même matrice.

    Ce procédé ingénieux permettant l'insculpation en série de coins a probablement été utilisé dans les ateliers gaulois plus souvent qu'il n'y paraît; nous avons déjà publié un autre poinçon, complet cette fois, relatif au droit d'un petit bronze ambien (4).

    Cette technique permit sans doute une appréciable économie de temps et de main d'oeuvre fort à propos pour la frappe de la masse considérable de statères belges unifaces, à mettre probablement en rapport avec les campagnes contre César.

    Cet objet provient-il d'un atelier régulier ou bien a-t-il été forgé par un faux monnayeur ? Nous ne sommes pas en mesure de répondre à cette question mais il est manifestement de bonne facture et de bon style.

    L'inventeur nous a déclaré avoir trouvé fortuitement ce poinçon dans la région de Duclair (Seine-Maritime). A première vue cette découverte en frontière sud de la Gaule Belgique et en limite méridionale de l'aire de dispersion des statères unifaces pose problème. Toutefois, la consultation de l'inventaire des découvertes isolées (hors trésors) figurant dans le traité de S. Scheers permet de constater que celles-ci sont au moins aussi nombreuses dans le département de la Seine-Maritime que dans celui de la Somme, territoire des Ambiani, auxquels on attribua, abusivement sans doute, l'essentiel de ce monnayage.

 

PHOTOS
Figures Libellé Photo
Fig. 1 Vue perspective
Fig. 2 Vue de profil, côté cassure
Fig. 3 Vue de profil, côté opposé (bord normal)
Fig. 4 Vue de dessus, le motif

 

NOTES

 

(1) Type 24 "Les monnaies des Ambiani au type uniface", dans S. Scheers, Traité de numismatique celtique, II, La Gaule Belgique, Paris, 1977, p. 334-351 et fig. 151-158, pl. VI.

(2) Vente Drouot 28.02.1979 (expert A. Weil), n° 65: 6,33 g.; 13e VSO Galerie Numismatique 21.11.1980, n° 107: 6,31 g.; Vente Drouot 24.02.1983 (expert E. Bourgey), n° 224: 6,35 g.; Catalogue Banque Populaire du Nord, mai 1985, n° 58: 6,26 g.; 3e VSO Poinsignon 09.06.1986, n° 1: 6,36 g.; Vente Drouot 04-05.05.1987 (expert E. Bourgey), n° 253: 6,33 g.; 9e VSO Albuquerque 30.06.1988, n° 243: 6,30 g.; 11e VSO Albuquerque 29.09.1988, n° 210: 6,30 g.; 34e VSO Albuquerque 23.04.1992, n° 289: 6,25 g.; Monnaies d'or du musée de Boulogne-sur-Mer, n° 7: 6,31 g.

(3) A ce sujet, nous avons remarqué que les critères typologiques de différenciation indiqués par l'Auteur, entre les classes I et II, sont difficilement utilisables, notamment la nature du dessin en exergue observable seulement sur un nombre restreint d'exemplaires.

(4) C., J., et J. FOURNIER, "Le poinçon monétaire gaulois d'Halloy-les-Pernois (80 - Somme)", Revue Archéologique de Picardie, n° 1-2, 1989, p. 119-122.

(5) Nous remercions vivement M. Joël Callais, qui a bien voulu nous confier cet objet pour étude et publication.